mercredi, 21 décembre 2005
Chapitre second
En fait, Jeannot aurait bien aimé tiré une des vulgaires pétasses du Russe; après tout, c'était à chaque fois une différente, il pouvait lui en prêter une pour un soir..ou quelques minutes au moins. Mais la simple vision d'un coups de santiags dans les parties le faisait aussitôt débander. Du coup, il restait sagement assis derrière son comptoir, et tripotait une paire de faux seins en silicone made in China. L'effet était saisissant, il avait vraiment l'impression de tripoter des vrais.
Le Russe jetait un coup d'oeil rapide sur les rayons, verifiait que les DVD étaient bien classés par thème, en prenait un machinalement, et se contentait de lire le pitch. "L'a l'air pas mal celui-là" jetait-il après quelques minutes. Pendant ce temps, la bimbo caressait doucement les vibros, en lançant des regards coquins au pauvre Jeannot, qui commençait à suer à grosses goutes. Un mince filet de bave coulait parfois jusque sur la caisse crasseuse. Il essayait alors d'esquisser un sourire à la demoiselle, et de lui proposer un café, mais les mots ne venaient pas. Sitôt le DVD reposé, Jeannot se reprenait, et se levait pour raccompagner le Russe et sa pétasse au rideau rouge à l'entrée du magasin. "Allons, c'est par pour toi ça!" lançait-il à Jeannot en collant une main au cul de sa pouffe, et il entrait dans sa grosse cylindrée fier comme Monsieur Propre.
Jean se rasseyait en regardant tristement tous ces magazines, toutes ces vidéos, et se disait que la vie était parfois injuste.
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mardi, 20 décembre 2005
Chapitre premier
Jean l'pourri adorait les spaghettis, très cuites, un peu molles, avec de la crème et du beurre. Il en avait fait sa raison d'être. En général, il les mangeait directement dans la casserole, pour gagner du temps. Certains dans le quartier affirmaient l'avoir vu manger son plat favori toute une nuit, sans discontinuer. Il avait du se faire opérer quelques jours plus tard ; vous n’aurez pas plus de détails, ni maintenant, ni plus tard.
Jean habitait un studio modeste et humide, au dernier étage d'un taudis de la rue des Canettes.
Il préferait habiter un coin qui bouge, quitte à devoir prendre sa douche dans l'évier, qu’un coin craignos et mal situé.
Le matin, pour se rendre au travail, Jeannot, comme ses collègues l’appelaient, utilisait la rampe de l’escalier de service, sur laquelle il se laissait glisser comme une merde bien fraiche sur un tobogan. Mme Garcia se faisait un devoir de le menacer quand elle le surprenait à descendre ainsi, mais dans le fond, ça l’arrangeait bien. Elle pouvait alors regarder ‘Questions pour un champion’ jusqu’à la fin, et en plus, elle économisait du produit. Mais les habitants de l’immeuble n’entraient guère dans ce genre de considérations. Chacun ses problèmes aujourd’hui. « C’est chacun pour sa peau ! »
Il prenait la 12 à Sèvres-Babylone, qui le menait direct jusqu’à Saint-Laz. Il profitait de ces 10 minutes pour se rincer l’œil. On en trouvait effectivement pour tous les gouts : de la petite catho coincée montée à Convention, à la Bretonne de Montparnasse, en passant par la bobo de la rue des Martyrs, la 12 regorgeait de petits plaisirs du matin. Ca valait bien un croissant chaud ou une casserole de spaghettis mous !Il sortait, encore plus frustré qu’il n’était entré, à Saint Lazare. Là, il fallait se frayer un chemin au milieu du flot de voyageurs pressés. Lui qui ne connaissait pas veritablement le stress des grandes villes, aimait bien enmerder le monde. Il éprouvait une jouissance non dissimulée à se planter sur la file de gauche des escalators, pour empêcher les jeunes killers aux dents longues de passer. Petite vengeance sur la vie diront certains.. Il remontait donc inlassablement ses grosses chaussettes rouges, se grattait un peu le nez, ou le cul, puis se délectait des commentaires dégoutés des gens bien, secrétaires parfumées et maquillées, analystes développeurs, commerciaux.. Il se disait que ces gens pressés, moins ça en faisait, mieux c’était, car ils ne devaient pas être franchement humanistes dans l’âme, prêts à toute les bassesses pour mettre l'autre dans le caniveau. Lui ne valait guère mieux, mais n’en demandait pas plus. Il était aussi mauvais que la moyenne, mais il s’en contentait, il ne courait pas après le temps.
Puis, sur l'air de 'On-est-les-cham-pions..' il se dirigeait tranquilement vers sa boutique, le ‘Sex-Lazare’ pour remplacer l’équipe de nuit, composée de Hakim. Hakim était un jeune beur, qui étudiait la chimie à Jussieu, avec un petite moustache, comme son père. Et ses oncles. Il avait commencé à la boutique début avril, pour financer ses études, mais également pour parfaire une éducation sexuelle pas bien avancée pour son age. Ni ses parents, ni ses amis n’étaient bien sûr au courant de son travail de nuit. Issu d’une famille traditionnelle, il savait qu’il risquait gros si jamais un cousin venait à passer à la boutique. Mais il se disait que celui qui passerait ici n’en mènerait pas bien large, et n’oserait pas rapporter l’histoire au pays, par fierté. Même si dans la famille, on se faisait pas de cadeau. Ni même de gateau d'ailleurs.
Après les échanges courtois et non moins forcés du matin, pendant qu'Hakim enfilait son kefié de terroriste, Jeannot s'installait confortablement sur son trône. C'était à lui que revenait le nettoyage des cabines du matin. On peut imaginer sans peine l'application avec laquelle il menait cette tache, pour laquelle son employeur avait refusé toute formation. Mais il préferait s'y atteler après avoir lui même visionner les derniers arrivages. On lui avait toujours appris à ne pas mettre la charue avant les boeufs.
Une fois le nettoyage terminé, Jeannot entrait en rythme de croisière. Ses micro-siestes étaient ponctuées par les visites des rares visiteurs du matin, en général refusés par les prostitués du quartier. Parfois, il s'autorisait à péter, espérant que personne n'entrerait dans les minutes qui suivraient, surtout pas le Russe.
Le Russe était le boss du Sex Lazare. Celui sans qui rien n'aurait été possible. Jeannot lui vouait une admiration sans borne; il était toujours accompagné de filles de l'Est splendides, et sa mercedes était toujours bien propre. Il portait un manteau de fourrure blanc et des santiagues à faire palir Dick Rivers lui-même. Autant dire qu'il assurait. Lorsqu'il venait, Jeannot se sentait pousser des ailes, et se voyait déjà travailler à ses côtés, dans l'"international", comme il disait à tout bout de phrase. On peut dire que Jeannot était prêt à tout pour avoir l'estime du Russe.
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